Fernand Bonnevie, moniteur de ski dans "Les Bronzés"


Fernand Bonnevie, c'est mon grand-père ! Vous comprenez pourquoi je n'ai pas résisté au plaisir d'appeler ce chalet familial : "Le planté de Bâton".

Reportage 2011 de Stéphanie Boucher sur Fernand Bonnevie

Quatre-vingt-seize ans cette année, Fernand Bonnevie connu pour son rôle de moniteur dans le film mythique "Les Bronzés font du ski", nous raconte son parcours de vie.

 

Né au Fornet, village situé à côté de Val d'Isère, Fernand Bonnevie a commencé à mettre des skis pour aller au catéchisme ou pour aller à la messe de Val d'Isère.

"On skiait sur le chemin qui relie le Fornet à Val d'Isère. On ne se voyait pas beaucoup en hiver, mais il y avait toujours une trace, car le facteur partait tous les jours pour aller à Tignes chercher le courrier. Sauf bien sûr quand il faisait mauvais temps".

La vie n'était forcément pas la même qu'aujourd'hui. Fernand Bonnevie aime raconter des anecdotes sur ce qu'était la vie à Val d'Isère.

"Avant on ne mettait pas de raquettes, elles n'étaient utilisées que pour circuler dans le village. On n'avait pas l'eau dans nos maisons. Il fallait la chercher dans le Bassin au centre du village de Val d'Isère avec un seau. Imaginez quand une vache faisait un veau et devait boire 50 litres d'eau par jour. On mettait un bout de bois sur les épaules avec deux seaux aux extrémités. Et quand il y avait du vent, arrivé à la maison, la moitié du seau s'était vidée. Il fallait qu'on fasse des voyages et puis on avait la neige jusqu'au ventre…"

Les débuts de Val d'Isère.

L'évolution de la station mécanique a commencé après la construction de la route de l'Iseran, route qui relie La vallée de la Tarentaise et la vallée de la Maurienne. La route de l'Iseran s'est construite à partir de 1928.

"Ceux de ma génération, on était les premiers à rester parce qu'il y avait cette route. Cela nous a permis de travailler".

Fernand a donc travaillé pour cette route, il s'occupait d'amener les pistolets car à cette époque les ouvriers minaient à la masse, et tout était fait à la main.

La première pelle mécanique est arrivée à mi-chemin de la route de l'Iseran.

 

"Après on achetait des chevaux et des mulets et j'allais apporter la soupe aux ouvriers. Ils n'avaient pas beaucoup de temps".

 

Les ouvriers travaillaient onze heures par jour. Leur seul jour de repos était le 15 août.

 

"Bien sûr il y en avait qui ne travaillaient pas tous les jours, ils travaillaient une semaine et ensuite faisaient la java !"

 

Le premier skieur est arrivé en 1938. Et le premier hôtel était le Parisien.

"On allait chercher les clients à Tignes, et on montait leurs valises jusqu'à Val d'Isère". Au fur et à mesure sont apparus d'autres hôtels, et est arrivée la lumière. Le premier hôtel à avoir bénéficié de la lumière fut "Le Parisien". A ce moment-là, il y avait 30-40 clients. Au niveau des installations, le premier téléski fut "Le Rogonet", puis est venu "Le Solaise" et après "Le Bellevarde".

Apparition de l'Ecole de Ski et des premiers skieurs.

"Un jour on s'est dit avec trois copains et mon frère, maintenant on va monter l'école de Val d'Isère. C'était une école de misère. On n'était pas de bons skieurs. On donnait des cours en montagne. Les élèves avaient en moyenne 45 à 60 ans".

 

Fernand les emmenait à la Grande Motte. A cette époque, ils mettaient 7 heures pour aller jusqu'au sommet de la Grande Motte, et pratiquement le même temps pour redescendre.

 

"C'était long pour descendre, car on ne voulait pas casser un ski ou se casser une jambe. Si on cassait un ski, comment on descendait après…?"

 

Par la suite, en 1937, l'école nationale de ski s'est montée à Val d'Isère. Fernand a été appelé pour la guerre puis il est revenu et a été embauché. En 1938 - 1939, Fernand a passé l'examen. Avec fierté, il nous fait part de son numéro de matricule de moniteur de ski : "J'ai le numéro 51, maintenant il y en a 15000".
A l'époque, il n'y avait pas beaucoup de clients. Ils venaient en train jusqu'à Bourg-Saint-Maurice, puis prenaient un autocar de l'époque jusqu'à Sainte-Foy-Tarentaise, et de Sainte-Foy, ils montaient à Tignes ou à Val d'Isère en traîneau de mulets "quand ça passait".

Au début, la station était tenue par des gens du pays, puis les étrangers ont acheté. Fernand Bonnevie utilise l'expression "les Chinois" pour qualifier les étrangers qui se sont installés à Val d'Isère.

 

"Un jour dans les années 40 il y avait un cinéma. Ils avaient affiché sur les portes le titre d'un film. C'était un truc sur les Chinois. Et moi avec Paul, un ami, quand on est sorti du cinéma, j'ai pris cette affiche et je l'ai collée sur la porte d'un Anglais. Maintenant, tous les étrangers qui s'installent à Val d'Isère sont des Chinois. C'est venu à cause de ça".

Fernand et les Bronzés !

Fernand est un grand homme de Val d'Isère, mais est connu surtout par le public pour sa prestation dans le film "Les Bronzés font du ski". Il était le professeur de ski de Mr Duss (Michel Blanc).

 

"J'ai jamais vraiment su pourquoi j'ai été pris. Je pense qu'ils voulaient un moniteur qui ne voulait pas faire son avenir dans le cinéma. Car si ça avait été un jeune moniteur, il aurait fait attention à son image, moi, qu'est-ce que j'en avais à foutre ! Je leur ai bien dit au moment du film, vous me prenez comme je suis et n'essayez pas de me changer ! Oh non non ont-ils dit, on ne vous changera pas on fait un essai".

 

Dans les Bronzés, Fernand était respecté comme s'il avait été le "Général de Gaulle". Fernand est aussi connu pour la phrase mythique : "Le planté de bâton Mr Duss…" Après ce film, de nombreux clients venaient le voir pour le planté du bâton. Et il n'y a pas si longtemps que ça, une dame de la quincaillerie du coin est venue le voir et lui a dit "c'est vous le planté de bâton ?"

 

Fernand s'amuse beaucoup avec les acteurs du film. Mais au niveau de sa notoriété à la fin du film, il dit haut et fort qu'il n'en avait pas besoin. "Moi des clients, j'en avais déjà beaucoup trop. Mais ça m'aurait sûrement servi autrement. Des personnes venaient à l'école de ski et disaient qu'ils voulaient skier avec moi, mais j'avais ma clientèle : 40 familles à l'engagement".

 

Cependant, lorsque l'on regarde ce film, on ne sait pas qu'il se déroule à Val d'Isère. Il faut connaître Val pour savoir que cela se déroule là-bas. Selon Fernand, les producteurs avaient demandé 3 millions d'ancien Francs (soit 30.000Fr ou 4.500 Euros) à la commune, qui a refusé. "C'est sûr ça faisait un peu de sous mais maintenant qu'est-ce que c'est 3 millions ?".

 

En tout cas, Fernand en garde toujours un bon souvenir.

 

Stéphanie Boucher